LA PHILOSOPHIE POLITIQUE DU RDR

I LE RDR : UN PARTI CENTRISTE

Pour le RDR, il n'y a pas d'action humaine qui vaille sans philosophie morale, sans éthique ni réflexion préalable. Dans cette quête de rénovation sociale du pays, la philosophie politique du RDR le situe entre l'anarchisme révolutionnaire et le conservatisme rétrograde.

Se démarquant donc de tout extrémisme - de droite ou de gauche - le RDR se définit essentiellement comme un parti centriste qui croit en la reforme de la société dans la paix et par la pleine conscience des intérêts du peuple.

Le RDR récuse la violence, aussi bien physique que verbale. Plutôt que d'exaspérer les ressentiments et d'exploiter les passions à des fins partisanes ou idéologiques, le RDR est soucieux de trouver aux problèmes des solutions concrètes et adaptées.

La stratégie du RDR est par conséquent celle de la mobilisation populaire non violente à travers les élections, seul moyen connu, dans sa conception de la démocratie, pour permettre aux citoyens de choisir leurs dirigeants et asseoir leur légitimité politique.

Le RDR condamne donc toute méthode terroriste, toute violence physique, verbale ou mentale, tout procédé de prise de pouvoir illégal par des techniques d'agitation permanente, de désinformation, de calomnie, de propagande et d'incitation systématique à dresser une catégorie d'lvoiriens contre une autre catégorie d'Ivoiriens.

Le RDR est convaincu que la situation de la Côte d'Ivoire ne s'améliorera pas sans l'avènement d'une société nouvelle. Cette société nouvelle que le RDR veut construire prend sa source dans les principes de base du parti, principes qui fondent toute sa philosophie politique.

LA MORALE RÉPUBLICAINE

Le premier de ces principes trouve ses origines dans la morale républicaine elle- même, morale fondée sur la recherche constante du bien commun et de la solidarité nationale.

En effet, en Côte d'Ivoire actuellement, nous ne souffrons que d'une chose: le manque de dévouement à la chose publique. En tant que militants du RDR, notre républicanisme s'explique par notre volonté de moraliser la gestion des affaires publiques dans le strict respect de la chose publique, et de faire participer le peuple tout entier à l'œuvre de rénovation sociale que requiert la situation du pays.

Il s'agit donc de mettre en oeuvre un projet républicain, c'est-à-dire un projet capable de restaurer la confiance des Ivoiriens en eux-mêmes et en des dirigeants qu'ils auront choisis librement. Un projet qui unit, qui rassemble les Ivoiriens, au lieu de les diviser; qui apaise les querelles au lieu de les exciter, en un mot, un projet qui nous permette de passer d'une société conflictuelle à une société consensuelle fondée sur une démocratie paisible et responsable.

Dans les conditions qui prévalent en ce moment dans le pays, il est impossible de réorganiser la société et l'État sans tenir compte de la crise morale dont nous parlions déjà, une crise des rapports entre gouvernants et gouvernés. La moralisation de notre vie publique et privée constitue une exigence primordiale pour le redressement du pays et pour la rénovation sociale. Il s'agit donc de restaurer l'autorité de l'État par la moralisation de la vie publique et de l'appareil d'État. Ce qui exige que soit menée toute une série de réformes politiques et administratives, juridiques et institutionnelles, nécessaires à la restauration de l'autorité de État

Pour le RDR, il faut procéder à un profond renouvellement des pratiques politiques et économiques pour restaurer la confiance des citoyens dans État et dans ceux qui les gouvernent. La gestion honnête de l'économie nationale et la répartition juste des richesses devraient renforcer la confiance en la société et en État L'extension de la démocratie politique à l'économie devrait aboutir à la démocratie sociale. Une nouvelle constitution fondée sur les valeurs de démocratie et de justice sociale devra nous permettre d'y parvenir.

Le RDR entend donc susciter un grand rassemblement des Ivoiriens autour de ce projet de société, c'est-à-dire susciter un vaste mouvement démocratique qui soit au service d'une opération collective de transformation réelle de la société ivoirienne, le préalable étant la moralisation de État et de la société, afin de donner aux citoyens et à leurs gouvernants la force nécessaire à l'accomplissement de leur mission de rénovation.

Plus qu'un projet de société à contours idéologiques parcellaires ou sectaires, il s'agit en fait pour le RDR de susciter un élan collectif vers un nouveau type de société, vers un nouveau type de développement, c'est-à-dire un nouveau type de gestion de la société, de l'économie, de la politique, de la culture... Autrement dit, il ne s'agit pas seulement de changer les gestionnaires de notre économie, mais il s'agit pas de changer la gestion de l'économie nationale. Il ne s'agit pas seulement de changer les gouvernants, mais il s'agit de changer les modes de gouvernement, c'est-à-dire changer la politique par l'instauration d'un nouveau type État ; passer par exemple de État patrimonial actuel à un véritable État de droit ; passer de la légitimité historique, héréditaire et cooptative, à la légitimité que donnent les urnes électorales de par la compétence technique et morale reconnue par le peuple souverain. En un mot, il s'agit de promouvoir une démocratie susceptible de consacrer - non pas le retour au sommet de leaders historiques et charismatiques, ou de leurs héritiers - mais au contraire, l'émergence d'une nouvelle génération de leaders et de personnalités capables d'explorer des voies nouvelles pour un développement d'un genre nouveau.

La philosophie politique du RDR se comprend donc dans son adhésion aux principes d'une démocratie paisible mais vraie, tant au niveau de l'organisation des partis, de la reforme de État, que de la rénovation de la société en général. L'avènement du pluralisme politique n'a pas engendré la démocratie en Côte d'Ivoire. La démocratie multipartite, si elle est mal gérée comme dans notre pays, si elle ne respecte pas certaines règles préalables, peut conduire à la pire des dictatures - de droite ou de gauche - dictatures non seulement d'un parti sur les autres, mais aussi d'un homme sur toute la société.

C'est pourquoi, tout en prônant la démocratie en son propre sein, le RDR veut constituer une troisième force politique face à une bipolarisation gauche/droite susceptible de constituer à terme une menace pour la démocratie et pour le consensus national. Dans les périodes de sérieux désaccord comme il en est aujourd'hui pour la Côte D'Ivoire, le centrisme du RDR paraît la méthode la plus adéquate pour exorciser les dangers de la bipolarisation, et pour parvenir au compromis indispensable entre les forces politiques afin de sauver le consensus sur les enjeux majeurs de la politique nationale.

II LIBÉRALISME ÉCONOMIQUE DU RDR

UN LIBÉRALISME A VISAGE HUMAIN

Pour le RDR, le libéralisme politique - la démocratie libérale dont nous venons d'exposer les principes fondamentaux - implique le libéralisme économique, la libre entreprise et l'économie de marché. Les institutions politiques de la démocratie libérale dépendent d'une économie de marché libre et de la propriété privée.

Par ailleurs, seule la démocratie semble compatible avec la réussite économique. Mais dans une démocratie, étant donné que le pouvoir économique peut se transformer en pouvoir politique, une plus grande égalité économique peut être nécessaire pour préserver l'égalité politique. C'est pourquoi, le RDR affirme son profond attachement à l'économie de marché, convaincu que la liberté d'entreprise et l'initiative privée sont et demeurent les moyens les plus appropriés pour un développement économique basé sur l'appropriation collective des moyens de production, sont la démonstration que la création et la distribution des richesses sont mieux assurés par les acteurs du jeu économique, que par État

Sans doute, celui-ci ne doit pas être totalement écarté du marché. Il pourra exercer, dans les conditions qui seront définis au préalable, les activités qui engagent les intérêts essentiels de la nation.

Mais au-delà, son rôle principal reste celui de favoriser et protéger l'initiative privée, en créant les conditions propres à susciter et à renforcer la confiance des investisseurs privés, nationaux et étrangers, ainsi que de définir les règles du jeu et de veiller à leur respect.

Au demeurant, le libéralisme que prône le RDR, est un libéralisme à "visage humain" dans lequel l'Homme est au début, au centre et à la fin du processus économique. En effet, dès lors qu'il existe une inégalité, par leur nature, entre les hommes, État devra s'attacher à corriger les conséquences de cette inégalité, par une redistribution des richesses créées, de façon aussi équitable que possible, en tenant compte des capacités et conditions respectives de chacun.

Une telle option économique apparaît, de ce fait comme le moyen le plus approprié permettant d'assurer le bonheur individuel à chaque citoyen et le bien-être collectif à toute la communauté nationale. Elle favorise la paix et la cohésion sociales, en confortant le consensus nécessaire à la continuité de la nation.


III UNE STRATÉGIE DE DÉVELOPPEMENT CONTINU

UN CENTRISME LIBÉRAL ET SOCIAL

Cette série de questions sur le modèle de développement se pose donc pour chaque économie nationale aussi bien que pour l'économie mondiale. C'est donc là les principes fondamentaux qui ont présidé au choix de société du RDR, et de son projet de développement de la Côte d'Ivoire. Le RDR a certes choix le libéralisme économique corrélativement à la démocratie libérale et à la forme républicaine de État

Mais, pour le RDR, ce modèle de développement d'inspiration libérale devra être corrigé et dépassé au fil du temps en fonction des réalités sociales et culturelles du pays. Se situant entre les hypothèses classiques et les thèses extrémistes du néolibéralisme, le RDR veut créer les conditions, en Côte d'Ivoire, d'un centrisme libéral et social intégrant les valeurs culturelles de solidarité africaines aux principes fondamentaux et intangibles de l'économie libérale.

Car de quoi s'agit-il en fait ? Il s'agit de trouver un modèle de développement et de société compatible, non seulement avec l'état actuel de la société et de l'économie ivoirienne, mais aussi avec les fondements culturels susceptibles de fournir les éléments mobilisateurs à une nouvelle stratégie de développement.

Le centrisme libéral et social que prône le RDR permettrait de prévenir les effets pervers et les excès du libéralisme pur et dur, pour un libéralisme à Visage humain dans une économie sociale de marché dont nous connaissons déjà les principes généraux. Mais il s'agit en fait d'un projet de société d'une projection dans le devenir de la Côte d'Ivoire - ou plus exactement d'une stratégie de développement continu visant l'établissement progressif d'une autre forme de libéralisme, le libéralisme communautaire fondé sur les éléments mobilisateurs de la culture ivoirienne. Le perfectionnement de ce libéralisme communautaire devra déboucher sur une économie de partage extensible au système économique international.

L'économie de partage mettra en oeuvre une stratégie économique compatible avec les aspirations au mieux-être et à plus de justice dans les pays développés comme dans les pays en développement. Car le système de partage donnera l'occasion d'un nouveau modèle de croissance prenant en compte les aspirations à plus de qualité de vie et à plus de justice dans la répartition des richesses du monde. L'accomplissement de l'économie de partage à l'échelle des nations comme à l'échelle du monde verra le dépassement du capitalisme mondial dans une société post-libérale plus humaine parce que plus solidaire.

Dans la société post-libérale les rapports entre l'individu et la communauté, les rapports entre les peuples et les nations, les rapports entre les nations et la communauté internationale, dépasseront largement le cadre et la logique du système capitaliste actuel, pour se refonder essentiellement sur la solidarité internationale entre les peuples et sur une redistribution plus équilibrée des richesses à l'échelle mondiale.

Seul un système mondial fondé sur la solidarité est en mesure de concilier, le politique, le social, et l'économie, et de rétablir par conséquent le consensus qui préside au développement des sociétés. Dans la société post-libérale, il s'agit non plus de subordonner le développement social au développement économique, mais, le développement économique au développement social.

Enfin, l'élément essentiel du développement continu dans une société post-libérale repose sur l'intervention de la culture pour un projet de renouveau permanent de la société. Chaque peuple devra puiser dans sa culture propre les raisons de son propre développement et les ressorts d'une société innovante, parce que la société post-libérale sera une communauté oú les besoins matériels et intellectuels, moraux et spirituels seront satisfaits, et ou les valeurs de la culture et de la tradition seront mises en oeuvre pour la relance de la société vers des stades de plus en plus élevés d'accomplissement humain.

Cependant, avant d'analyser les grandes étapes de ce développement continu - depuis le libéralisme communautaire jusqu'à la société post-libérale - il nous paraît nécessaire de situer exactement la tentative du RDR en ce qu'elle ne veut pas être, et en ce qu'elle veut être réellement.

Le développement au sens correct du terme implique une prise de considération de la personnalité de base de chaque peuple, de sa culture profonde, de tout ce qui est latent en lui et qui constitue le levain au processus de son développement. Un modèle de développement, quel qu'il en soit, pourrait-il réussir sans ce substrat social et culturel préexistant?

Se situant donc hors du vieux débat entre capitalisme et socialisme, la tentative du RDR s'éloigne de toute importation pure et simple d'un modèle de société. Il ne s'agit point d'appliquer des doctrines ou des schémas tout faits, en copiant des modèles de société conçus par d'autres peuples en fonction de leur fonds culturel et de leurs besoins propres. Ni de faire la synthèse entre les deux modèles classiques du capitalisme et du communisme, comme pour aboutir à une «troisième voie» qui se fera fatalement dans les contradictions inhérentes à chacune des deux premières.

Il n'est pas question non plus d'évoluer vers un «socialisme africain» ou vers une économie de «self-reliance» qui inclinerait à un système autarcique d'autosubsistance incompatible avec la mondialisation de l'économie à laquelle nul ne saurait échapper en cette de XXème siècle. Au contraire, il s'agit d'imaginer un modèle de société et de développement qui nous prépare à l'économie planétaire du XXIème siècle, une économie que nous voulons post-libérale.

Il ne s'agit pas non plus d'afficher une quelconque neutralité s'opposant aussi bien au capitalisme qu'au communisme. Le RDR adhère à la démocratie libérale et au libéralisme économique qui en est l'une des conditions nécessaires.

Dans ce choix de société du RDR, il ne faut pas voir non plus un simple ralliement au (néo)libéralisme économique à la mode aujourd'hui pour avoir clamé sa victoire sur le communisme. Il faut y voir au contraire une volonté de dépassement du libéralisme oú les valeurs de libertés et de justice sociale de la démocratie libérale sont associées aux valeurs communautaires africaines de solidarité, de sacrifice et de partage avec l'autre.

Enfin pour le RDR, il ne s'agit donc pas de récupérer le libéralisme économique comme valeur absolue, sans aucun ajout, sans aucune correction. Mais il s'agit au contraire d'ouvrir des voies encore inexplorées pour imaginer une nouvelle stratégie de développement à la lumière de notre culture propre, à la lumière de l'état actuel de notre société et de notre économie.

En ce sens, il nous paraît intéressant de jeter quelques lumières sur l'expérience du Japon et des divers pays non communistes de l'Est de l'Asie. Tous ces pays ont enregistré une avancée économique spectaculaire grâce à une symbiose d'éléments tirés de Confucius et d'autres influences traditionnelles, avec l'économie de marché et la conception démocratique de la société. La relative stabilité du régime japonais et l'ouverture à la démocratie de la Corée du Sud et de Taiwan peuvent être considérées comme une preuve du succès de l'adaptation de la démocratie libérale et du libéralisme économique dans cette région du monde.

Le RDR se propose donc de repenser le libéralisme économique afin de trouver un modèle de développement propre, plus adapté à notre société et à notre culture certes, mais capable de répondre aux impératifs de la mondialisation. car, si nous voulons tirer un meilleur profit de la mondialisation, au lieu de nous laisser broyer par elle, nous devrons nous y insérer avec un modèle de société et de développement qui lui soit compatible et qui protège en même temps notre personnalité culturelle et politique, et notre aisance économique et sociale.

La question reste donc de savoir - nous le rappelons - quel modèle de société et de développement, pour répondre à la fois aux impératifs nationaux et mondiaux. Selon quelles lignes peut-on dessiner un nouveau modèle de croissance qui relance la vie économique et qui développe au mieux les aspirations et les germes d'évolution vers la société nouvelle, que nous voulons post-libérale?

Ce dernier objectif, certainement le plus important à long terme, étant l'étape ultime du projet de développement continu du RDR. Mais ici, la question du point de départ importe autant que celle du point d'arrivé. Le problème est en fait dans l'évolution, dans le cheminement à partir de la situation actuelle du pays : à quelles conditions, sous quelles contraintes, selon quels modes le parcours peut-il être effectué?

Disons tout d'abord que la situation de départ est marquée par la gestion désastreuse de l'économie ivoirienne par le pouvoir PDCI. A quoi donc l'option libérale faite par le PDCI pour la Côte d'Ivoire depuis son indépendance nous a-t-elle conduit? Dans quelle situation sommes-nous aujourd'hui? La politique économique actuelle du PDCI, s'il y en a une, n'a pour objectif que de garantir la simple survie d'un système économique en crise, crise conjoncturelle, mais aussi crise structurelle.

Le PDCI n'a fait que mettre en place un capitalisme politique et non un capitalisme économique Ce qui a contribué à la corruption du système économique et à la perpétuation de la crise. Le capitalisme politique, c'est le recours de plus en plus pressant à des moyens politiques afin d'assurer la stabilité de l'économie nationale, oú les emprunts, les endettements exorbitants ont donné l'illusion de la richesse du pays.

Ce qu'on a souvent qualifié de "miracle ivoirien", la Côte d'Ivoire s'appelant "la vitrine de l'Afrique de l'Ouest". Mais aujourd'hui qui croit encore au "miracle ivoirien"? Le capitalisme du PDCI, c'est le recours à la dette plutôt qu'à l'augmentation du capital, avec pour principe la gestion politique de l'économie dans laquelle la gabegie et les détournements de deniers publics deviennent la règle plutôt que l'exception. Ce qui a fini par faire de la Côte d'Ivoire le pays au niveau d'endettement par habitant le plus élevé au monde à l'heure actuelle.

Le capitalisme économique par contre, implique une économie réellement basée sur la transformation et la mise en valeur de nos richesses naturelles, au lieu de leur exploitation à des fins politiques. La politique politicienne ne crée pas la richesse. En économie, c'est la richesse qui crée la richesse par la productivité et par la formation du capital. C'est ça le capitalisme économique par opposition au capitalisme politique du PDCI. C'est la rationalité économique, ce sont les moyens économiques d'un pays, et non les moyens politiques, qui servent à assurer l'équilibre économique d'un pays, et à retrouver les voies d'une croissance véritable, condition d'un développement durable.

Capitalisme politique contre capitalisme économique, le tout aboutit aujourd'hui à une double crise - une crise de la productivité et une crise de la formation du capital - qui se résout dans un endettement exorbitant.

Les explications que le pouvoir PDCI donne à cet état de chose sont simples, pour ne pas dire simplistes ou simplificatrices: chute vertigineuse du prix des matières premières et de nos produits d'exportation (café et cacao notamment), poids de la dette qui n'en finit de se réechelonner au fil des années, quelques erreurs de gestion etc..., minimisant ainsi la responsabilité de nos gouvernants dans la gestion scandaleuse de l'économie nationale, responsabilité qui se résume en quelques mots: gabegie, gaspillage, dépenses de luxe, dépenses ostentatoires, dissipation des ressources nationales, utilisation personnelle des ressources de État, détournements des deniers publics, privilèges injustes et injustifiés, désordre financier, mouvement exorbitant de capitaux ou fuite de capitaux, déstabilisation financière, de nos banques et de la caisse de stabilisation et de soutien au prix des matières premières, par des transferts illicites de capitaux, etc..., les premières victimes d'une telle gestion étant bien évidement les paysans, les jeunes et les travailleurs de tous les acteurs et de toutes les catégories, avec pour conséquences la baisse du pouvoir d'achat aggravé par une dévaluation importante du franc CFA, les fermetures d'entreprises, les compressions de personnel, les départs anticipés ou forcés à la retraite, les licenciements, l'augmentation du chômage et la recrudescence de la criminalité et de l'insécurité que les gouvernants croient pouvoir enrayer en brandissant "la peine de mort" au lieu de s'atteler à la gestion honnête de l'économie et de État

Un gouvernement démocratique est un gouvernement responsable de ses actes avons-nous dit. Mais, ce qui est encore plus aberrant dans notre pays, c'est que certains gestionnaires de la chose publique, au lieu d'être remerciés (ou démissionnés) purement et simplement, et subir la responsabilité morale et pénale de leurs actes, sont promus à des fonctions supérieures à celle dans l'exercice desquelles il se sont rendus coupables de mauvaise gestion, de détournements de deniers publics ou d'enrichissement illicite - la logique du système permettant d'accéder jusqu'au plus haut poste de responsabilité de État, c'est-à-dire la magistrature suprême.

Voilà l'explication de la ruine de l'économie nationale, ruine dont nous payons si chèrement le prix aujourd'hui, et de laquelle nous ne pourrions sortir que par une gestion démocratique du pouvoir politique, et par une gestion honnête de l'économie nationale. En un mot, par la moralisation de État et des affaires publiques dont nous parlions déjà. pour toutes ces raisons, les Ivoiriens ne font plus confiance en leurs dirigeants. Et pour venir à bout de ce que nous avons appelé «crise de la fonction dirigeante dans notre pays», il faut en effet moraliser État, moraliser la gestion des affaires publiques. Nous le savons déjà.

Mais sur le plan économique en particulier, comment passer de libéralisme économique - pour ne pas dire libertinage économique - à un libéralisme à «visage humain», à une économie sociale de marché en un mot, à un libéralisme plus digne et plus adapté à l'évolution de la Côte d'Ivoire et du monde? C'est cela la question qui importe, car elle permet d'exposer les différentes étapes du modèle de développement et de société que le RDR propose à la Côte d'Ivoire.

Plusieurs étapes sont à envisager en effet, à partir de l'état actuel de l'économie nationale, pour passer progressivement d'un libéralisme communautaire à une économie de partage extensible à l'économie mondiale dans une société globale post-libérale.