Chaque groupe ethnique présent en Côte-d'Ivoire a développé des formes d'art originales; beaucoup travaillent le bois et sont connus pour leurs statuettes, en particulier votives. L'art des masques est surtout présent dans les régions forestières, et la statuaire plutôt dans le Nord. Les Baoulés sont réputés pour leurs masques aux traits raffinés, dont les formes, stéréotypées, perpétuent la mémoire des ancêtres. Ils sont également connus pour leurs masques-cloches évoquant les animaux de la brousse présents dans la mythologie locale et leurs petites statuettes, effigies des ancêtres ou supports du culte de la fécondité. Ils modèlent, selon la technique de la cire perdue, des figurines en cuivre de quelques centimètres, qui servent de poids pour peser la poudre d'or. L'or a une valeur symbolique chez les Akans, orfèvres de renom. Parmi les sculpteurs de la savane, les Sénoufos ont très tôt retenu l'attention des Européens; leur culture repose sur le Poro, système de vie et association secrète d'initiés donnant lieu à un rituel utilisant statues et masques souvent mi-humains, mi-animaux ; mais leur art est galvaudé par la fabrication de statues pour l'exportation. Les Sénoufos sont également renommés pour leurs peintures sur tissu. Dans les sociétés dan et wobé, les masques aident les hommes à maîtriser leur vie et les chefs à exercer leur fonction. Chaque masque représente une divinité de la brousse. La peinture traditionnelle est présente dans les cérémonies à travers les motifs au kaolin dont s'ornent les participants. Un nouveau mouvement, le «vohou-vohou», exprime aujourd'hui une sensibilité plus ouverte à la modernité. Littérature Les écrivains ivoiriens ont largement œuvré à la défense de la négritude et de la culture africaine. Bernard Dadié, journaliste, dramaturge, romancier, poète, conteur, est la grande figure des lettres ivoiriennes. Collaborateur de la revue Présence africaine, il se fit d'abord remarquer grâce à un recueil de contes (le Pagne noir, 1955), puis par des poèmes de combat (Afrique debout, 1950) et une autobiographie intitulée Climbié (1956). Aux côtés de Joseph Amon d'Aby, fondateur en 1938 du Théâtre indigène de la Côte-d'Ivoire, il est aujourd'hui l'un des dramaturges africains les plus joués, avec notamment Béatrice du Congo (1970) et Monsieur Thôgô-Gnini (1970). Le romancier Loba Aké s'est fait connaître avec Kocoumbo, l'étudiant noir (1960), peinture de la vie quotidienne des étudiants ivoiriens à Paris. Beaucoup plus marquée par l'engagement est l'œuvre d'Ahmadou Kourouma, dont les Soleils des indépendances (1968) constitue un sommet de la littérature francophone. Parmi les nombreux romanciers de valeur se distinguent Jean-Marie Adiaffi, enseignant, poète et romancier (la Carte d'identité, 1980), Denis Oussou-Essui (la Souche calcinée, 1973), Charles Nokan (Violent était le vent, 1966), Isaïe Biton Koulibaly (les Deux Amis, 1978), Amadou Koné (les Frasques d'Ebinto, 1975); on doit également citer les noms de Fatho Amoy et de Jean-Baptiste Tiémélé. La période récente connaît une grande activité poétique; citons: Bernard Zadi Zaourou (Césarienne, 1984), Dieudonné Niangoran Porquet (Zahoulides, 1985), Tanella Boni (Labyrinthe, 1984), Véronique Tadjo (Latérite, 1984). Théâtre Le pionnier du théâtre ivoirien fut François-Joseph Amon d'Aby, fondateur, avec Germain Coffi Gadeau, du Théâtre indigène de Côte-d'Ivoire. Bernard Dadié, qui avait donné les Villes dès 1933, a continué de produire plusieurs pièces dans les années 1960-1970 (Papassidi Maître-escroc). Puis vinrent Charles Nokan (les Malheurs de Tchâkô, 1968), Amadou Koné (le Respect des morts, 1980), le poète B. Zadi Zaourou, auteur de Sofas (1969) et de l'Œil (1974). Les poètes N. Porquet et Aboubacar Touré inventent la «griotique», synthèse du théâtre, du conte et du poème, tandis que B. Zadi Zaourou développe le didiga (mot bété désignant l'irrationnel). Le théâtre ivoirien s'est enrichi dans les années 1990 du groupe Ki Yi Mbock, formé à Abidjan par Werewere-Liking, une femme auteur et metteur en scène qui, après Orphée-Dafric (1981), connut un beau succès au Festival international des Francophonies, à Limoges, en 1991, avec Singue mura, puis en 1992, avec Un Touareg s'est marié à une Pygmée, spectacle tenant à la fois de l'opéra et de la comédie musicale pour évoquer le vieux rêve de l'unité africaine. Cinéma L'essor du septième art en Côte-d'Ivoire remonte aux années 1960 avec Amédée Pierre (1963) et la Femme au couteau (1969) de Bassori Timité, Mouna ou le Rêve d'un artiste (1969) d'Henri Duparc, et avec les œuvres de Désiré Écaré: Concerto pour un exil (1967) et À nous deux France (1969), film qui décrit la vie des Ivoiriens en exil. Dans les années 1970, le cinéma aborde des problèmes plus spécifiquement africains, comme ceux touchant à la famille et à l'exode rural: Abusuan (1972) de Duparc, Amanie (1972) de Gnoan Roger M'bala. Avec le Chapeau (1975), M'bala traite avec humour des rapports entre les hommes et les femmes. On remarque aussi le Cri du muezzin (1972) de N'Dabian Étienne Vodio. Les Collégiennes (1975), du même auteur, ont pour thème les difficultés de la jeunesse ivoirienne, en particulier celles que rencontrent les jeunes filles. À la fin des années 1970, le cinéma veut toucher un public plus large; l'Herbe sauvage (1977) de Duparc, qui évoque les problèmes de la jalousie au sein d'un couple et critique la pratique de l'excision, connaît un grand succès populaire. On remarque aussi les productions de Jean-Louis Koula (Adja Tio, 1980), de Kramo Lanciné Fatika (Djeli, conte d'aujourd'hui, 1980), de Kosoloa Yeo (Petanqui, 1983) et de Mossa Dosso (Dalokan, 1982). Les années 1980 voient apparaître de nouveaux cinéastes, tel Sidiki Bakaba (les Guérisseurs, 1988), tandis que les pionniers livrent leurs œuvres majeures : Visages de femmes (1985) de Désiré Écaré, et Bal poussière (1988), le Sixième Doigt (1990) et Rue Princesse (1993) d'Henri Duparc. Musique Abidjan a été, de 1975 à 1980, le centre de la musique moderne pour l'ensemble de l'Afrique francophone, avec ses studios d'enregistrement et ses maisons de disques. Ernesto Djédjé, disparu en 1983, fut le précurseur du ziglibithy, musique née de la fusion de la tradition ivoirienne et des rythmes congolais. Le ziglibithy, interprété par Reine Pélagie, est actuellement devenu la musique nationale du pays. Parmi les vedettes nationales de renom, signalons Aïcha Koné qui chante surtout en bambara et en malinké, et Alpha Blondy qui est sans conteste le représentant le plus illustre du reggae africain. Société Les musulmans (38 %) sont un peu plus nombreux que les chrétiens (27,5 %). Les adeptes des religions traditionnelles représentent l'essentiel du reste de la population. Avant la colonisation, une grande partie du nord de la Côte-d'Ivoire se trouvait déjà dans la mouvance de l'islam. L'administration française contribua à diffuser cette religion en s'appuyant sur les colporteurs dioulas, musulmans, qui participèrent au peuplement des villes du Sud et de la forêt. La présence de nombreux immigrés de confession musulmane (en particulier des Dioulas non ivoiriens, des Nigérians et des Libanais) accroît le poids de l'islam. Les animistes restent cependant majoritaires, mais le christianisme, marqué par de nombreuses formes syncrétistes, conserve une certaine importance, dont témoigne l'édification à Yamoussoukro, de 1985 à 1988, d'une basilique qui apparaît comme une réplique de Saint-Pierre de Rome. La croissance économique de l'époque dite «du miracle ivoirien» a beaucoup servi la société ivoirienne. Une grande part du budget (jusqu'à 40 %) a été consacrée à la construction d'écoles et d'hôpitaux. Mais la récession et, surtout, le manque chronique de débouchés auquel sont confrontés les jeunes diplômés ont à maintes reprises entraîné la colère des étudiants, qui se sont retournés contre le pouvoir en 1969, 1977, 1982, 1991. |