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Les enjeux du « Grand amour » entre le journaliste Venance Konan et le pouvoir FPI


L’actualité ivoirienne nous a habitués depuis quelque temps déjà à des affrontements intellectuels « brutaux » entre les barons du FPI et le journaliste-écrivain Venance Konan. Les premiers dénoncent l’attitude « belliqueuse », voire même « d’empêcheur de tourner en rond » du journaliste. Et le second, fort de sa notoriété, dit « ne faire que son travail de journaliste », c’est-à-dire constater puis informer la population ivoirienne et l’opinion internationale « des limites et incompétences » du pouvoir FPI en place. Ces échanges qui parfois sont d’une grande violence n’ont rien à envier aux confrontations qu’on peut observer très souvent entre une opposition politique et le parti au pouvoir dans une démocratie. Ce qui fait dire aux journaux proches du FPI que le journaliste Venance Konan « fait de la politique » en lieu et place de journalisme. Pour ces journaux, le journaliste en veut au Président de la République et au pouvoir FPI. Pour quelles raisons ? Pour l’instant la réponse n’est pas encore donnée. Et cette attente aiguise les fantasmes et autres spéculations délirantes en tout genre. De la même manière, pendant plus de quinze ans, on nous a promis de nous donner la preuve que le Président du RDR, monsieur Allasane. D. Ouattara n’était pas Ivoirien. Là encore, les Ivoiriens attendent toujours, après avoir spéculé et fantasmé pendant toutes ces années. Aujourd’hui il redevient ivoirien sans autres explications. Et si tout cela était calculé pour occuper les esprits, faire oublier : le chômage de masse de la population, les difficultés économiques du pays, les désastres de la corruption, la mauvaise gestion des affaires de l’Etat et surtout, « la grande fumisterie de l’élection présidentielle »



Les enjeux de cette mise en scène


Cette confrontation par médias interposés entre le journaliste et les caciques du Front Populaire Ivoirien crée une dynamique systémique dans laquelle chaque acteur semble tirer profit de la situation.

Concernant Venance Konan, l’acharnement des médias proches du FPI ainsi que de leurs responsables, contre ses écrits dénonçant les dérives du pouvoir et sa mauvaise foi dans son intention d’organiser les élections présidentielles, lui a donné encore plus de légitimité et de la notoriété auprès de l’opinion nationale et internationale. Il acquiert de fait une stature de journaliste « héroïque et impétueux ». Cette posture peut-être dangereuse à terme pour lui. Car le pouvoir FPI tente de « l’enfermer » insidieusement dans un rôle politique au fur et à mesure que leur « face-face » s’amplifie. Il est évident que Venance Konan ne fait que son travail de journaliste et laisse à l’opposition ivoirienne son rôle de s’opposer, à sa manière, aux agissements du FPI et du Président de la République. Mais en tant qu’acteur du système politique ivoirien, son positionnement en qualité de journaliste de renom le place de fait dans un rôle stratégique. Cela peut susciter alors un intérêt particulier pour les autres acteurs. Ceux de l’opposition peuvent en faire un allié de fait, au vu de ses prises de positions contre le pouvoir FPI, bien qu’ils ne le soutiennent pas officiellement, ni n’abondent dans son sens.

En fin stratège et adepte des situations conflictuelles ou de rapports de force dans des moments d’incertitude, le Président L. Gbaggo, surnommé « le boulanger », a compris l’intérêt à utiliser la notoriété de ce journaliste-écrivain. Parmi ces raisons, nous en choissions trois qui nous semblent fondamentales dans la stratégie du Président L. Gbaggo dont chaque acte semble répondre à une logique politique calculée.



À quoi Venance Konan peut-il bien servir dans la stratégie de L. Gbagbo ?


Premièrement, à asseoir la légitimité de démocrate du Président Gbagbo. Contrairement à l’image que l’opinion internationale peut avoir des chefs d’Etat africains, n’hésitant pas à éliminer d’une manière ou d’une autre les acteurs du système politique qui osent une défiance vis-à-vis de leur autorité, il joue la carte de la démocratie. Ses lieutenants croisent le fer avec ce journaliste qui dénonce la mauvaise gestion des affaires de l’Etat avec une certaine insolence, mêlée d’arrogance. Le « Boss » laisse faire en étant au-dessus « des polémiques contrôlées » pour montrer qu’il est un démocrate qui accepte la critique journalistique. Son statut ne lui permet plus cela. Il a même tout intérêt à protéger ce journaliste en dépit de la défiance dont il fait preuve vis-à-vis de sa politique, et non de sa personne comme peuvent le laisser croire certains journaux. L’exemple du journaliste Burkinabé, Zongo, assassiné pour avoir dénoncé les dérives du pouvoir de son pays a laissé des traces profondes dans l’inconscient des dirigeants Ouest-africains.

Deuxièmement, en positionnant ce journaliste en acteur politique de l’opposition, le Président Gbagbo tente de discréditer ainsi l’opposition politique ivoirienne. Cette stratégie accroît de fait la notoriété du journaliste dans le pays et à l’international. Mais il ne représente pas une menace politique réelle pour le chef de l’Etat conscient de l’impact des propos du journaliste au sein de la population. Bien au contraire, cette notoriété engendrée par la liberté totale de parole du journaliste, permet au Président et à son parti de créer l’événement en lançant des « polémiques bidons ». Le « Boulanger » a compris qu’il faut occuper l’espace politique dans la communication sans ses opposants, avec un acteur de poids de la communication. Il espère ainsi montrer que l’opposition est inexistante, ou qu’elle n’a rien à dire de la gestion des affaires qu’elle considère de fait comme bonne, puisqu’elle ne dit rien à ce propos en dehors de son désir de voir les élections présidentielles se réaliser. Dans la réalité, les choses sont plus complexes concernant l’opposition. Comment peut-elle attaquer, critiquer et combattre la politique du « Boulanger » tout en ayant des ministres dans le gouvernement ? Elle est donc piégée par la logique de la solidarité gouvernementale qui s’impose dans un gouvernement d’union nationale.

Troisièmement, pendant que le FPI « fabrique » ces polémiques stériles, dont tout le monde se fout dans le pays, on ne parle pas des vrais enjeux pour la nation. Les faits qui sont dénoncés par ce journaliste sont automatiquement « noyés » dans des flots de polémiques et autres controverses qui prennent le dessus et intoxiquent le psychisme des populations. Elles restent médusées en assistant à ces échanges d’intellectuels, loin, très loin de leurs préoccupations quotidiennes, que tente de mettre au jour ce journaliste qui malheureusement semble bien seul dans ce combat très courageux mené au nom de la liberté d’expression, de l’égalité des chances pour tous, de la lutte contre la corruption ainsi que de la bonne gouvernance. Ainsi chaque acteur dans ce système renforce ses positions en fonction de ses propres intérêts, tout en imposant des contraintes politiques aux autres acteurs. Pour certains, cela passe par des publications ravageuses, pour d’autres, par des accusations sans fondements ou des dissolutions de gouvernement et de CEI ou pour d’autres encore, des manifestations pour réclamer des élections démocratiques.

Macaire DAGRY
le 30 avril 2010

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