 Dernières Parutions :
* * *
Lien vers l'ancien site

- Pourquoi changer une stratégie payante ?
- Le président Laurent Gbagbo vient de dissoudre la commission électorale indépendante (CEI) présidée par Monsieur Robert Beugré Mambé dont il avait validé l’élection. Raison évoquée : il serait « proche » de l’opposition pour garantir une neutralité à ce poste sensible, de ce fait, il devient suspect. Si c’est vraiment le cas, pourquoi alors avoir validé son élection et l’avoir soutenu ? Pour la plupart des observateurs de la vie politique ivoirienne, cette stratégie du président de la CEI était déjà en soi un acte politique qui préparait d’autres « Farinades » dont seul le maître « Boulanger » a le secret. Nous le savons, le Président Gbagbo ne pose jamais d’actes « gratuits ». Tout chez lui est calculé et cache toujours une « surprise » et en général, « désagréable ». Quelle autre fin cette comédie dramatique ivoirienne aurait pu connaître ?
Depuis 2005, plusieurs fois reportée sous des prétextes « anesthésiants », voire même « hypnotisants », l’élection présidentielle ivoirienne devient un âpre « fantasme » attristant et mélancolique.
Pendant cinq années, la population ivoirienne s’est laissée mystifier par ces tours de prestidigitation, comme hypnotisée à chaque fois par les « défiances » guerrières du Boulanger. Pourquoi changer une stratégie payante lorsque l’opposition, la population et la communauté internationale semblent complètement absentes et incapables d’apporter des réponses à la mesure des enjeux ? Le conseil de sécurité de l’ONU en dépit de nombreuses résolutions, recommandations et menaces reste encore et toujours impuissant et même inutile en Côte d’Ivoire à travers l’ONUCI. Que peuvent réellement faire ses membres dont les Etats sont soumis à la logique de recherche d’intérêts en tout genre pour leur propre pays ? La chine par exemple a à plusieurs reprises imposé son droit de véto contre des sanctions trop contraignantes contre le pouvoir FPI en place.
Malheureusement pour les populations ivoiriennes prises en otage par les divers intérêts en jeu dans la situation chaotique ivoirienne, chacun de ces Etats membres du conseil de sécurité de l’ONU et sa représentation en Côte d’Ivoire, l’ONUCI, défend et sauvegarde ses propres intérêts au détriment de ce que nous attendons d’eux. Le Général De Gaule le disait souvent, « la France n’a ni amis ni ennemis. Elle n’a que des intérêts à défendre ». Comment peut-on sanctionner un chef d’Etat illégitime, voire même illégal au regard de la constitution ivoirienne et aux résolutions du conseil de sécurité de l’ONU avec qui des contrats « juteux » sont signés ? Comment sanctionner sans perdre les avantages acquis surtout en cette période critique ou l’économie va mal pour tous les Etats ?
Le « Boulanger » vient de le comprendre, en cette période de crise, ses Etats membres du conseil de sécurité de l’ONU semblent préoccupés par la lutte contre le chômage, les déficits publics ou encore la baisse du niveau de croissance économique dans leur propre pays. Si « on » leur permet de signer des contrats en Côte d’Ivoire ou ailleurs ( Niger, Guinée etc), la démocratie, les droits de l’Homme ou autres libertés des peuples peuvent toujours attendre et bien longtemps encore. Que le Président Gbagbo prenne l’initiative de dissoudre le gouvernement et de changer son format dans le futur gouvernement (alors qu’il en a pas le droit au regard des résolutions du conseil de sécurité de l’ONU) et la CEI montre très bien qu’il sait qu’il ne se passera rien contre ces violations. Bien sûr, la communauté internationale fera des déclarations de condamnation qui une fois encore amuseront le pouvoir FPI et berceront d’illusions tous ceux qui croient encore au « Père Noël ».
- La politique est l’art par excellence de la « comédie » dramatique humaine
- Le message est donc plus que clair. Le fait de dissoudre la CEI et le gouvernement qui, au regard des résolutions du conseil de sécurité de l’ONU relatives au processus de sortie de crise en Côte d’Ivoire, n’autorise pas le Président Gbagbo à dissoudre et modifier la forme du gouvernement, montre bien sa volonté d’aller à l’affrontement. Manœuvre ou diversion ? Les deux. Distraire la classe politique ivoirienne, mettre les nerfs des dirigeants de l’opposition à rudes épreuves, provoquer la communauté internationale afin d’organiser à nouveau des sommets et réunions à n’en plus finir. Résultats des courses, gagner du temps et essayer de briser le moral de l’opposition et de ses militants qui attendent tous les élections présidentielles pour aller voter massivement pour exprimer leur désir de changement et l’instauration enfin d’une véritable démocratie respectueuse des libertés individuelles et collectives. Mais pourquoi cette manœuvre de diversion n’est elle pas aussi condamnée par la rébellion ivoirienne dont les chefs semblent confortablement installés dans des fonctions « artificielles » dans le Nord du pays ? pourquoi leur « Grand » chef, le Premier Ministre Guillaume Soro qui connaît très bien le Président Gbagbo pour avoir été un de ses disciples à la FESCI, ne réagit-il pas à cette mascarade funèbre et nauséabonde ? Certains observateurs et journalistes politiques ivoiriens y voient une concomitance, voire une convergence d’intérêts qui fait de la politique l’art par excellence de la « comédie » dramatique humaine.
Les destins du Président Gbagbo et celui du Premier-Ministre Guillaume Soro semblent intimement liés. Leurs intérêts également. Plonger le pays dans un chaos indescriptible avec des centaines de victimes de part et d’autre, des vies brisées pour ceux qui y ont échappé par la grâce de Dieu, des haines profondes entre les ressortissants des populations du Nord et du Sud sont nées, une économie détruite ainsi qu’une harmonie de vie sociale construite depuis plusieurs générations anéantie pour des ambitions personnelles des uns et des autres, ressemble fort bien à des moyens comme d’autres d’arriver et de conserver le pouvoir.
Qui se souvient encore de tous ceux qui ont sacrifié leur vie naïvement pour défendre la démocratie ?
Qui se souvient encore des mères et des pères qui pleurent toujours et en cachette la mort de leur enfant en ayant aujourd’hui un regard très critique sur tous ceux qui ont demandé à ces jeunes d’aller manifester pendant qu’eux mêmes se cachaient, entourés d’hommes en armes ?
Qui se souvient encore des victimes des escadrons de la mort qui ont semé la terreur à Abidjan, pourchassant sans répit les membres de l’opposition?
Qui se souvient encore des pauvres victimes innocentes et sudistes massacrées dans le Nord du pays au début de cette fumisterie de rébellion ?
Tout cela laisse un goût amer chez tous ces militants qui se sont engagés de bonne foi dans des combats politiques et idéologiques et qui se posent aujourd’hui beaucoup de questions. A quoi cela sert aujourd’hui de faire partie d’un gouvernement d’union nationale ?
L’ opposition n’a-t-elle pas intérêt à rester en dehors d’un gouvernement dont le Président Gbagbo préside le conseil des ministres ? Comment peut-on être efficace dans l’opposition en étant solidaire de l’ensemble des actions et stratégies du gouvernement comme le veut la logique gouvernementale ? Cela ne donne-t-il pas les moyens de liberté au Président Gbagbo qui sait que « Tout » peut s’acheter (ou tout comme) pour se maintenir au pouvoir de manière illégale autant qu’il le souhaite. Comment peut-on s’opposer efficacement tout en défendant les politiques de celui ou de ceux que nous combattons ou qui ne souhaitent pas d’élection présidentielle en Côte d’Ivoire pour des raisons évidentes. Pour certains, la peur de perdre le pouvoir de manière démocratique et pour d’autres, la hantise de ne plus exister médiatiquement et politiquement, sans parler des avantages pécuniaires. On dit souvent à Abidjan, que « lorsque tu es dans le Bon ou le doux, il est très difficile de t’en passer », et cela, au mépris de toute forme de règles démocratiques. Un chef d’Etat français n’avait il pas dit un jour que, « la Démocratie n’était pas faite pour les africains ? » Où sont-ils aujourd’hui tous ceux qui se sont élevés avec force contre cette sortie de cet ancien chef d’Etat Français.
Certains sont aujourd’hui au pouvoir en Côte d’Ivoire, et ne s’en souviennent plus. Dommage.
Macaire DAGRY
|
|