Alassane Dramane Ouattara, Président du RDR: "La Côte d'Ivoire est au-dessus de chacun de nous"


"Je voudrais vous dire combien j'apprécie cette rencontre loin de notre pays, mais au Gabon, où nous nous sentons chez nous. Grâce à l'hospitalité du président Bongo, mais également, en raison des liens que je connais personnellement qui ont déjà existé entre les deux pays, surtout du temps où j'étais Premier ministre et que je venais souvent au Gabon pour voir le président Bongo, de la part du président Houphouët-Boigny pour des messages importants et discrets.

Je voudrais vous féliciter et vous exprimer toute ma fierté de savoir que l'équipe du G7 répond rapidement et instantanément au dialogue. Nous avons pour notre part été élevé dans le dialogue. Et le dialogue est toujours la solution aux problèmes. Je pense que Marcoussis a été un événement exceptionnel pour notre pays. La Côte d'Ivoire a toujours réglé la crise des autres pays, dans les pays voisins. Nous avons participé aux rencontres sur le Libéria dans les années 90.
Il était tout à fait normal que, devant aller à Marcoussis, nous ayons ressenti assez de peine.

C'est la Côte d'Ivoire qui doit maintenant être au centre des débats et faire l'objet d'attention de la part de la Communauté internationale parce que les frères et sœurs ivoiriens n'arrivent pas à s'entendre et surtout que le pays était en guerre en ce moment-là… Nous avons tous pensé que le plus urgent était d'arrêter la guerre, d'entamer le dialogue et d'avoir un cadre d'évolution qui permette à notre pays de retrouver non seulement la paix, mais la réconciliation, et nous consacrer au développement. Bientôt, je dirai dans six mois, nous serons à une année des élections prochaines et donc depuis deux ans que nous avons fait Marcoussis.

C'est vrai que beaucoup de choses ont été faites, depuis Marcoussis, le pays n'est plus en guerre, les uns et les autres peuvent de temps en temps passer du Nord au Sud et vice-versa, même s'il y a beaucoup d'entraves. La difficulté que je ressens personnellement, en étant à l'extérieur, pour les raisons que vous savez, c'est le climat d'insécurité qui caractérise notre vie quotidienne à Abidjan et aussi la misère des populations. Bien qu'étant en France, je reçois beaucoup de messages. Le pays s'est profondément appauvri et les populations sont dans une misère que nul n'aurait pu imaginer, il y a dix ans, quinze ans compte tenu des possibilités de notre pays. Malheureusement, nous en sommes-là. Je crois que pour toutes ces raisons, nous devons redoubler d'effort, pour que la paix revienne.

Et c'est ce que vous faites au niveau du Directoire du G7. Je voudrais vous en féliciter. Je voudrais féliciter personnellement Djédjé Mady. J'ai des comptes rendus quotidiens grâce aux représentants du RDR, au sein du groupe des Sept. Nous savons avec quelle détermination et quelle objectivité, et aussi avec beaucoup de loyauté que vous menez donc la Direction du G7. Nous sommes entièrement satisfait et je voudrais au nom de tous les frères et sœurs du RDR qui sont là vous demander de continuer. Nous comptons sur vous. Je voudrais aussi vous demander de transmettre à mon frère aîné, le président Henri Konan Bédié, mes salutations les plus fraternelles et les plus chaleureuses. Nous nous sommes eus au téléphone durant les moments importants.

Et cette concertation a continué. Tout récemment, je lui ai posé la question de savoir quand est-ce qu'il devait être à Paris, pour que nous puissions poursuivre nos entretiens. Je souhaite qu'il puisse le faire au mois de septembre à l'occasion du Prix Félix Houphouët-Boigny. Je voudrais également remercier les autres partis qui sont avec nous dans le G7. L'UDPCI avec le président Akoto, les Forces Nouvelles avec Soro Guillaume et, bien entendu, le MFA avec Anaky Kobena, que j'ai eu hier au téléphone et devrait nous rejoindre si la réunion devrait se poursuivre demain (Ndlr : aujourd'hui). Vous lui transmettrez donc mes salutations les plus fraternelles. Je voudrais avant de conclure vous dire que nous qui sommes momentanément à l'extérieur, nous nous sentons humiliés au quotidien en tant qu'Ivoiriens.

En raison de cette crise, en raison de l'impossibilité pour la classe politique de trouver une solution à nos problèmes. Nous réalisons maintenant ce que les autres pays ont vécu. Et nous devons tout mettre en œuvre pour aboutir à des solutions adéquates. Et nous savons tous que le seul cadre qui puisse amener à des solutions durables, c'est donc l'application effective et durable des Accords de Marcoussis et d'Accra II. Je me réjouis du soutien que vous apportez à l'application de ces accords. Je vous encourage à persévérer. Tout dépend de la volonté politique que nous avons. La Côte d'Ivoire est au-dessus de chacun de nous. La paix, nécessite tous les sacrifices que nous devons consentir. Nous ne devons pas laisser les Ivoiriens souffrir à ce point.

Au G7, tous les partis politiques ont fait des sacrifices. Ils ont été importants, au risque de créer des difficultés, au sein de nos partis. Nous l'avons fait parce que nous pensons à la Côte d'Ivoire. C'est le message que j'ai laissé un président Bongo, nous souhaitons que les chefs d'Etat africains à travers leur sagesse, leur influence et leur expérience puissent nous aider à l'occasion de leur prochaine rencontre à trouver une solution, surtout que cette fois-ci, tout le monde s'est engagé à appliquer l'Accord de Marcoussis, dans ce nouveau contexte. Je voudrais vous dire encore une fois merci. Je suis heureux que vous ayez transmis nos remerciements tout à l'heure au président Bongo.

Car, le Gabon a toujours été à côté de nous et a toujours porté un intérêt particulier aux problèmes ivoiriens. Le fait qu'il soit impliqué donne beaucoup d'espoir. Nous allons tout faire pour l'aider dans cette voie pour la recherche de la paix. Je souhaite à ceux qui partent bon retour au pays et avec mes salutations à nos familles et surtout au Secrétaire général du PDCI, transmettez mes amitiés fraternelles au président Bédié. Je vous remercie.

 

Propos recueillis par Traoré Moussa (Envoyé spécial à Libreville)
Le Patriote