Le spectre d’ADO hante Gbagbo


Comme tous les désespérés de Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo s’accroche à la bouée de sauvetage des naufragés politiques: Alassane Dramane Ouattara. En effet, dans sa désastreuse interview à “ Le Figaro “, il revient sur un marronnier : c’est Alassane Ouattara qui est derrière la rébellion. Après Blaise Compaoré, Mouammar Kadhafi, le groupe français Bouygues, Côte d’Ivoire Télécom, la CEDEAO, la France, Ben Laden, c’est au tour d’Alassane Ouattara d’être épinglé par le chasseur de coupables.

Sur quoi Gbagbo se fonde-t-il pour accuser ADO ? Sa réponse est incroyable : les ex-rebelles ont les mêmes revendications que lui. Mais les revendications politiques dont il parle ne sont pas celles d’Alassane Dramane Ouattara, ce sont celles du RDR. Et ces revendications ont été reprises et entérinées par le Forum pour la Réconciliation Nationale, par l’Assemblée des Préfets qui s’est tenue à Grand-Bassam en 2002, par l’Assemblée générale des Rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire, par la Table ronde de Linas Marcoussis, par le Conseil de Sécurité de l’ONU qui en a fait des résolutions et enfin par le G7. Logiquement tous ces gens devraient endosser la paternité de la rébellion puisqu’ils ont des revendications similaires à celles des Forces Nouvelles.

Et puis, il ne faut pas avoir la mémoire courte. Quand la guerre a éclaté, face aux accusations qui fusaient du camp présidentiel contre Alassane Ouattara, une délégation officielle du RDR, conduite par le Pr Sidibé Valy, est allée rencontrer Gbagbo. Entre quat’zyeux, ils ont demandé à Gbagbo s’il pensait qu’Alassane Ouattara avait quelque chose à voir avec cette rébellion et s’il avait des preuves à ce sujet. Entre quat’zyeux, Gbagbo a répondu ceci : “ si je pensais qu’Alassane Ouattara avait quelque chose à voir avec cette guerre, il y a longtemps que je l’aurais fait arrêter “. D’où vient-il donc aujourd’hui qu’il veut à tout prix rendre ADO responsable de ses incuries politiques ? Tous les Ivoiriens connaissent la réponse : en Côte d’Ivoire, quand un pouvoir est confronté à de graves difficultés de politique intérieure, il a un bouc émissaire idéal sous la main, Alassane Ouattara. Donc, cette accusation de Gbagbo n’émeut pas un chat.

Mais le danger de cette accusation, c’est qu’elle justifie tous les crimes commis contre le Rassemblement Des Républicains depuis le début de cette guerre. Le Pr Valy Sidibé a recensés 3.500 militants du RDR tués depuis la naissance de ce parti, dont près de 3.200 uniquement sous la Refondation. En accusant ainsi légèrement le RDR, Gbagbo donne un permis de tuer aux escadrons de la mort et désigne Alassane Ouattara comme cible à tous les tueurs qui rôdent dans son camp. Il endosse ainsi la responsabilité de toutes les tueries passées et à venir de militants du RDR. Un rapport de l’ONU dit que les escadrons de la mort se trouvent dans le proche entourage du chef de l’Etat. Il n’y a pas meilleure justification de cette accusation que la déclaration du chef de l’Etat.

TOURE Moussa
Le Patriote