ADO : ''Nous ne voulons pas d'une situation à l'ukrainienne''

France Soir Plus : A la lumière des derniers événements en Côte d'Ivoire, pensez-vous que l'on puisse parler d'une normalisation de la situation?

Alassane Ouattara: La situation actuelle n'est certainement pas une normalisation; je la qualifierai plutôt d'accalmie, car Laurent Gbagbo a été calmé par la réaction française. Il essaie encore de gagner du temps avant de revenir à l'attaque.

F.S.P : Le limogeage supposé de Charles Blé Goudé, chef des «jeunes patriotes», n'est-il pourtant pas un signe ?

A.D.O. Je n'y crois pas. Je pense à une nouvelle mise en scène, un simulacre du pouvoir en place. Ce monsieur est le chef reconnu de cette milice et un spécialiste de la manipulation.

F.S. P : Laurent Gbagbo a laissé entendre récemment qu'il allait mettre en œuvre les accords de Marcoussis et que l'élection présidentielle aurait bien lieu en 2005...

A.D.O. Nous ne voulons pas d'artifices. Et certainement pas d'une situation à l'ukrainienne avec une Commission électorale à la solde de Gbagbo. Sans commission indépendante, nous exigerons alors que les élections soient organisées par l'ONU. Pourquoi pensez-vous qu'il fera aujourd'hui ce qu'il n'a pas fait en deux ans ? D'ailleurs, les textes que le parlement vote actuellement n'ont rien à voir avec ce qui était prévu à Marcoussis. Ce sont des textes falsifiés.

F.S. P : Selon vous, la France reste-t-elle crédible en Côte d'Ivoire?

A.D.O. La France a toujours eu un rôle de leadership en Afrique. En Côte d'Ivoire, elle a pris son rôle à bras le corps, en exerçant courageusement ses responsabilités. La France a évité une guerre civile dans le pays en privilégiant une solution politique - et non militaire - de sortie de crise. La France est impartiale et je comprends sa réaction.

F.S. P : Que pensez-vous de la polémique actuelle sur le nombre de morts de l'hôtel Ivoire?

A.D.O. Pour clore la polémique, Laurent Gbagbo doit faire l’état des corps des personnes tuées, qui doivent être visités par une structure internationale comme la Croix-Rouge. Il est bien évident que nous déplorons tous les morts, comme les 85 victimes civiles du Nord du pays consécutives à la violation unilatérale du cessez-le-feu.

F.S. P : Laurent Gbagbo bénéficie d'un certain soutien populaire...

A.D.O. Quelques milliers de personnes qu'il finance et arme. Nous sommes dix fois plus nombreux qu'eux, mais nous ne voulons pas entrer dans un cycle de guerre civile et ethnique. Nous sommes responsables et ne voulons pas d'un nouveau Rwanda.

F.S. P : Quelles relations entretenez-vous avec les autres forces d'opposition?

A.D.O. Bédié (président du PDCI) et moi-même nous nous sommes rencontrés et avons enterré les incompréhensions du passé. Nous formons aujourd'hui, avec cinq autres formations, une alliance pour ramener la paix dans notre pays et proposer une alternance politique. Nous voulons tous l'application des accords de Marcoussis et la tenue d'élections présidentielles libres en octobre 2005.

F.S. P : Si elles ont lieu, serez-vous candidat ?

A.D.O : Si mon parti me le demande, alors j'accepterai.

F.S. P : Qu'en est-il de la situation économique ?

A.D.O. Elle est catastrophique. Nous faisons face à une crise financière sans précédent. Et qui aura des répercussions dans la sous-région : nous représentons entre un quart et un tiers de la masse monétaire de la zone et nous avons également des responsabilités au sein de la zone franc. Le départ des entrepreneurs français, dont l'activité économique représentait la moitié des recettes fiscales du pays, est extrêmement préoccupante.

F.S. P : Etes-vous optimiste?

A.D.O. Non je ne le suis pas. A moins que la communauté internationale ne prenne des sanctions

Propos recueillis par S.B.V.
Le Patriote