Voeux du Nouvel An:
Alassane Ouattara aux Ivoiriens :
“Bientôt notre cauchemar prendra fin”

Chers compatriotes
Chers frères, Chères sœurs
Chères militantes, Chers militants
Chers amis de la Côte d’Ivoire

Au seuil de cette nouvelle année, je voudrais exprimer ma sympathie et ma solidarité à l’égard de toutes les victimes de la crise que notre pays traverse ainsi qu’à leurs familles et plus particulièrement à l’égard de celles des évènements des mois de Mars et de Novembre de l’année 2004.

Je saisis cette occasion pour saluer l’action de l’ONU, de l’Union Africaine, de la CEDEAO, de l’Union Européenne, et de la France.

Grâce à la mobilisation de la communauté internationale, notre pays qui est depuis quelques années le théâtre de violations intolérables des droits de l’homme a pu ainsi éviter l'irréparable.J’adresse également mes remerciements aux Organisations Non Gouvernementales humanitaires, nationales comme internationales qui font un travail appréciable depuis l’éclatement de la crise.

Chers frères, Chères sœurs

2004 a été incontestablement une année supplémentaire d’épreuves.

La répression brutale de la marche pacifique en faveur de l’application de l’Accord de Linas- Marcoussis, le 25 Mars 2004, représente l’un des épisodes les plus douloureux de la crise qui affecte notre pays.

Par ailleurs, le choix de l’option militaire, au mépris des Accords de Linas- Marcoussis et d’Accra III, par le régime comme solution à la crise s’est avéré hasardeux. Il a entraîné de nouvelles victimes et accentué les difficultés économiques de notre pays.

S’agissant de la situation économique et sociale, notre pays subit une grave récession. Le chômage augmente avec la disparition de nombreuses PME. La pauvreté s’accroît notamment au niveau du monde rural. Le travail de nos braves paysans n’est plus rémunéré à sa juste valeur. Le quotidien des Ivoiriens devient de plus en plus difficile.

Les récents évènements ont aussi mis en lumière la volonté du pouvoir présidentiel d’attenter à la démocratie en foulant au pied les libertés fondamentales d'expression, de réunion et du droit à la propriété. Ils ont permis à tous de prendre la pleine mesure des ravages de la désinformation et de la propagande.

Cela a également conduit à une prise de conscience des partis politiques partisans de la paix et de la réconciliation nationale, de la nécessité de resserrer leurs rangs pour faire prévaloir les intérêts de la collectivité sur les intérêts de quelques uns, en refusant toute compromission.

A cet égard, je tiens à saluer le travail remarquable abattu par le G7 dans ce contexte difficile.

Si nous sommes si fiers de son action c’est parce que ses animateurs se sont illustrés par leur sens des responsabilités et leur courage, notamment au cours de la dernière session de l’Assemblée Nationale où les députés ont adopté la loi sur les conditions d’éligibilité à la Présidence de la République telles que prévues par l’Accord de Linas-Marcoussis.

La solution politique ayant été retenue lors du dernier Sommet d’Accra en juillet 2004, le recours à un référendum sur cette question ne ferait que diviser davantage le peuple ivoirien.

C’est pourquoi, malgré la gravité de la crise, nous avons des raisons d’espérer que le cauchemar que nous vivons prendra fin dans les prochains mois, quand le peuple ivoirien choisira librement son Président et ses Députés, à l’issue d’élections ouvertes et transparentes.

Pour atteindre cet objectif, il nous apparaît judicieux de confier à l'ONU l'organisation complète de toutes les élections.

Chères militantes, Chers militants

Je place l’année 2005 sous le signe de l’espoir.

Les obstacles que nos adversaires ne manqueront pas d’ériger sur notre chemin ne résisteront pas face à votre mobilisation et à votre engagement qui ne se sont jamais démentis.

La nouvelle année verra se renforcer la dynamique unitaire qui a permis de faire échec à l’imposture et à la manipulation.

En effet, les formations politiques composant le G7 qui défendent une certaine idée de l’homme, de sa liberté et de sa dignité, ont l’ambition de conclure un accord dans la perspective des prochaines échéances électorales et de mettre en place un programme pour gouverner ensemble. Nous pourrons ainsi offrir à nos compatriotes et au monde entier une alternative de gouvernement crédible et forte.

Cette démarche correspond aux attentes du peuple ivoirien. C’est le choix du bon sens et de la responsabilité.

Ensemble, il s’agira de donner un projet collectif aux Ivoiriens et de créer les conditions de la renaissance en mettant en œuvre un nouveau contrat social fondé sur l’union, la solidarité, la responsabilité et la tolérance. Il s’agira également de construire un avenir pour nos enfants et de bâtir une nation forte parce que réunifiée, respectueuse des Droits de l’Homme et ouverte sur l’extérieur.

La mémoire du Président Félix Houphouët – Boigny nous y oblige.

Dans l’intérêt de la Côte d’ Ivoire et pour le bonheur de tous, je mettrai toutes mes forces dans cette ambition commune.

Je vous invite donc à soutenir cette belle entreprise en faisant vivre cette nouvelle réalité sur le terrain par le dialogue et la concertation.

L’une des clés de la réussite de ce projet commun sera incontestablement la mobilisation de notre parti à tous les niveaux.

Chères militantes, Chers militants

J’attends de tous les Secrétaires Nationaux et des cadres qu’ils se rendent encore plus disponibles et qu’ils aillent à la rencontre des militantes et des militants qui chaque jour apportent la preuve de leur engagement et de leur détermination, malgré les traumatismes.

Cette tâche est d’autant plus indispensable que nous sommes à quelques mois des échéances électorales.

Compte tenu de l’importance des enjeux, j’ai demandé à Madame la Secrétaire Générale de mettre tout le monde au travail. Chacun, en fonction de ses capacités, doit se sentir associé à la réalisation de notre objectif commun.

Outre le travail quotidien sur le terrain, gage de succès, il est un autre chantier pour lequel la contribution de tous est requise : la réactualisation de notre programme de gouvernement pour tenir compte de l’état actuel de notre pays et des attentes du peuple ivoirien.

Chères militantes, Chers militants
Chers frères et sœurs,

Plus que jamais, je crois profondément à la renaissance de notre pays.

Dans les prochains mois, par ma présence sur le terrain, j’y contribuerai encore plus efficacement.

A chacune et à chacun, à tous nos compatriotes et à tous les amis de la Côte d’Ivoire, je souhaite une bonne et heureuse année 2005.

Paris, le 31 Décembre 2004

Alassane Dramane OUATTARA
Ancien Premier Ministre, Président du RDR