Les déclarations d'ADO après les Accords de Prétoria

Alassane Dramane Ouattara :"Ma candidature est un acte de réconciliation nationale"

Le président Laurent Gbagbo ne s'oppose plus à votre candidature à la présidentielle d'octobre. La crise ivoirienne est-elle en voie de résolution ?
C'est une décision importante, un premier pas incontestable versla démocratie pour la Côte d'Ivoire. Mais tous les problèmes ne sont pas résolus, loin s'en faut. La question des listes électorales, de l'établissement et de la délivrance des cartes d'électeur nous préoccupe beaucoup. Elle peut tout faire échouer. Que voulez-vous dire ? Dans son intervention télévisée de mardi, Laurent Gbagbo a annoncé que ce processus électoral sera pris en charge par l'Institut national des statistiques et, a-t-il précisé, "par lui seul" . Mais l'Institut n'a pas été créé pour ça. Il n'est pas neutre. Tous ses responsables, du président au secrétaire général et au-delà, sont des fidèles du régime. Ils travailleront pour lui. La décision du chef de l'Etat, je le dis avec force, n'est pas acceptable. J'ajoute que confier à l'Institut cette tâche essentielle de préparation des élections n'est pas non plus conforme à l'accord de Pretoria. Sous l'égide du président Thabo Mbeki, nous sommes tombés d'accord pour dire que le processus électoral devait être confié aux Nations unies, qui seront parties prenantes au sein de la Commission électorale indépendante. Laurent Gbagbo ne respecte pas son engagement.

Allez-vous, vous porter candidat à la présidentielle ?

Mon parti, le Rassemblement des républicains (RDR), présentera un candidat, et si, comme je le pense, c'est mon nom qui est retenu, bien entendu je me présenterai.

Allez-vous faire alliance avec l'ancien parti d'Houphouët-Boigny, le PDCI d'Henri Konan Bédié, l'ancien chef de l'Etat ?

Toutes les formations qui se réclament de l'héritage du père de la Côte d'Ivoire vont se retrouver le mois prochain. Nous signerons à cette occasion une plate-forme. Chaque formation qui la compose aura la possibilité de présenter un candidat au premier tour de l'élection présidentielle. Au second tour nous soutiendrons le mieux placé d'entre nous. Pour les législatives, nous irons aussi ensemble aux élections lorsque la situation l'exigera.

Vous avez quitté votre pays il y a près de trois ans. Allez-vous rentrer bientôt ?

Je souhaite rentrer le plus tôt possible. Je l'ai quitté dans des conditions difficiles, exfiltré par la France. J'espère rentrer normalement et pas par le nord du pays -tenu par les rebelles des Forces nouvelles-. Des questions de sécurité se posent. Les Sud-Africains et l'ONU prévoient d'assurer ma protection et celle des personnes menacées. Je leur fais confiance.

Une personnalité controversée comme vous l'êtes, pourra-t-elle faire campagne normalement sur l'ensemble du territoire ?

J'essaierai de me rendre partout où cela est possible.

Quel sera l'axe de votre campagne électorale ?

Ma candidature est un acte de réconciliation nationale, et c'est bien entendu ce thème que je privilégierai. Il faut que cesse le discours d'exclusion agité par certains. Il vient d'être enlevé du vocabulaire pour les candidats à la présidentielle. A nous de le faire disparaître pour l'ensemble des électeurs. L'ensemble des partis politiques doit se battre pour des élections transparentes. Nous avons connu des dérives sanglantes, en particulier en 2000 avec une élection présidentielle qualifiée par Laurent Gbagbo lui-même de "calamiteuse" . Il y a eu trop de morts. Cela ne doit plus être.

Propos recueillis par Jean-Pierre Tuquoi
Le Monde

Alassane Dramane Ouattara, à propos de l’Ins :
“Je ne suis pas d’accord”

A.D.O : Je pense que sa décision est conforme à ce qui avait été arrêté à Pretoria entre nous quatre avec le Président Thabo Mbeki, le Président Bédié, lui-même et moi-même. Donc c’était une décision attendue, elle arrive trois semaines plus tard, mais c’est toujours une bonne chose.

RFI : Laurent Gbagbo a dit qu’il utilisera cet article 48 pour que la révision des listes et l’établissement des cartes d’électeurs soient gérées par l’Institut national de la statistique. Est-ce que c’est cohérent par rapport aux accords de Marcoussis et d’Accra III ?

A.D.O : Non, certainement pas. A Pretoria, nous avons décidé ensemble que le processus électoral serait confié à l’ONU avec les institutions existantes. C’est-à-dire la Commission électorale qui est chargée en fait de régler les problèmes de listes électorales et du processus électoral. Le Conseil constitutionnel également serait donc encadré par l’ONU. Ce serait une décision abusive. D’ailleurs l’ensemble des partis politiques ivoiriens, je suis sûre aviseront. Parce que Laurent Gbagbo ne peut pas se permettre d’utiliser l’article 48 au-delà du règlement de la question de l’article 35. C’est ce qui a été convenu à Pretoria et rien d’autre.

RFI

Alassane Dramane Ouattara (président du RDR) : “Le RDR et le PDCI représentent 80 % de l’électorat”

C’est maintenant officiel, le président du RDR, Alassane Ouattara est éligible. Mais ce pas important dans le retour définitif de la paix en Côte d’Ivoire, n’en ouvre pas moins la porte à des inquiétudes. Le leader du RDR le souligne à travers cette interview accordée à TV5.

TV5 : Alassane Ouattara va-t-il concourir à la présidentielle de 2005 ?
Alassane Dramane Ouattara : Bien sûr que oui, mon parti aura son candidat. J’ose comprendre que ce sera moi. Je pense également que le Parti démocratique de Côte-d’Ivoire, (PDCI ; ndlr) aura un candidat, en la personne de l’ancien Président Henri Konan Bédié. J’imagine aussi que M. Laurent Gbagbo sera désigné comme le candidat de son parti (le FPI, ndlr). Mais sans doute, il y aura d’autres candidats.

TV5 : Du fait de la partition du pays, quel sera le thème principal de la campagne électorale ?
ADO : Nous avons un pays qui n’a pas marché depuis cinq ans. Nous avons vécu une parenthèse douloureuse. Maintenant, ce pays est coupé en deux. Beaucoup d’Ivoiriens se regardent en chien de faïence. Nous avons désarmé, etc. Il faut arriver à nous réconcilier. Donc, le thème principal, en ce qui me concerne c’est d’abord la réconciliation. Il faut commencer dès maintenant. Mais, certains propos que j’entends en ce moment ne sont pas du tout acceptables.

TV5 : Lesquels ?
ADO : Je préfère ne pas verser dans la polémique. Je me suis inscrit dans la réconciliation. Toutefois, j’estime que la Côte-d’Ivoire a besoin d’être soignée. Les responsables politiques doivent montrer leurs engagements à l’endroit du peuple ivoirien.

TV5 : Cela signifie que vous envisagez votre retour au pays?
ADO : Oui, tout à fait. Je considère que si les élections ont lieu effectivement au mois d’octobre prochain, certainement quelques mois auparavant, nous serons de retour en Côte d’Ivoire. Parce qu’il faut participer à la campagne. Il faut aller voir les populations pour leur expliquer le besoin de réconciliation, leur dire également ce que nous sommes en mesure de faire, ce que nous avons fait par le passé par rapport à ce qui se passe aujourd’hui. Ce pays a régressé en cinq ans. Nous sommes au niveau des indicateurs, quinze ans en arrière. Donc il faut une réconciliation totale de ce pays.

TV5 : Vous allez revenir sur le terrain. Quels sont les soutiens ou contacts que vous avez ?
ADO : Notre parti politique est l’un des principaux partis de la Côte- d’Ivoire. Nous sommes en tête des suffrages à toutes les élections. Nous avons le plus grand nombre de mairies, y compris ceux de la moitié des grandes villes. Donc, nous sommes implantés sur l’ensemble du territoire national. Nous avons une équipe qui travaille et avec laquelle nous sommes en contact quotidien. Moi, je suis confiant. Je suis persuadé que la démocratie vaincra. Nous devons faire en sorte que les élections soient bonnes, qu’elles soient transparentes, crédibles. Il faut éviter ce que nous voyons ici et là : des élections contestées, la violence. Il faut maintenant que nous avancions.

TV5 : Comment peut-on imaginer la tenue d’élections libres avec la partition en deux du pays et la présence des casques bleus ?
ADO : La réalité, c’est que ce qui s’est passé est dramatique. Il y a quelques années, la Côte d’Ivoire vivait en paix. Nous n’avions pas cette politique d’exclusion, de violence, ces escadrons de la mort et tout ce qui s’ensuit. Nous devons donc faire en sorte que le pays soit apaisé. Ce qui commence par le regroupement des troupes, le démantèlement des milices pour le retour à une armée véritablement républicaine. Les forces de l’ONU, côté militaire, participent à la sécurisation du pays. Au niveau politique, nous avons demandé que le processus électoral soit aux mains de l’ONU, qui participera au travail de la Commission électorale afin d’être sûr que les listes électorales et tout le processus soient agréés par tous.

TV5 : Avez-vous l’impression qu’une page est tournée dans le conflit ivoirien ?
ADO : Nous le souhaitons. Les Ivoiriens ont beaucoup souffert. Ces dernières années ont été terribles, le climat social est affreux et la situation est abominable. Nous avons une lourde responsabilité. C’est pour cela d’ailleurs que le parti du Président Bédié (le PDCI) et le mien (le RDR) qui représentent, nous pensons, 80 % de la population, avons l’intention de former bientôt une alliance, c’est-à-dire une plate forme pour aller ensemble aux élections. Nous pensons que nous allons pouvoir déboucher sur des élections qui mettront au pouvoir une équipe et des gens d’expérience pour redresser la Côte d’Ivoire

Journal TV5