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Il n’a quasiment jamais parlé à un journal ivoirien
depuis le déclenchement de la crise ivoirienne, en septembre 2002.
Alors que le fauteuil présidentiel lui est désormais presque
acquis, Alassane Dramane Ouattara a choisi « Le Patriote ».
Notre envoyé spécial l’a rencontré dans ses
bureaux de l’avenue Victor de Paris. Le Patriote a abordé
avec le Président du RDR, les points essentiels de l’actualité.
Le Patriote : Hier, avec le
FPI, aujourd’hui, avec le PDCI. On pourrait se demander ce que cherche
exactement le RDR ?
Alassane Dramane Ouattara : Le RDR a toujours voulu la
démocratie pour la Côte d’Ivoire. Nous travaillons
pour que la Côte d’Ivoire soit un pays de liberté,
d’intégration, de fraternité, de bien être et
d’égalité de traitement des citoyens. C’est
aussi simple que cela. Notre pays se trouve aujourd’hui dans une
situation désastreuse. A tous points de vue : au plan politique,
économique, diplomatique ou social. Nous sommes tous affligés
de voir la Côte d’Ivoire dans un tel état. Nous ne
pouvions pas rester les bras croisés. Comme vous le savez, j’ai
pris l’initiative à Accra de demander à mon aîné,
le Président Bédié, que nous puissions nous retrouver,
nous unir pour faire barrage à la détérioration du
pays, de son image, de la cohésion et de son potentiel économique.
Je me réjouis que nous ayons signé la plate-forme du Rassemblement
des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix le 18 mai
dernier. Cette initiative permettra de donner espoir à nos concitoyens.
Elle nous permettra certainement de préparer des élections
présidentielles crédibles et ouvertes afin de permettre
aux Ivoiriens de choisir le Président de la République dans
des conditions de transparence et d’équité.
L. P : D’où avez-vous
tiré cette force qui vous a permis de vous pardonner mutuellement,
Bédié et vous-même quand on sait tout ce qui vous
a opposés dans un passé récent ?
A.D.O : C’est la Côte d’Ivoire qui est notre force.
Il est clair que nous souffrons tous de la déliquescence de l’Etat
et du délabrement actuel de la Côte d’Ivoire. Aucun
de nous ne pouvait imaginer voir notre pays dans cet état. J’ai
tout de même eu la chance de voyager un peu partout, à travers
le continent, à travers le monde. J’étais toujours
très fier de dire que ce qui est arrivé aux autres ne pouvait
pas nous arriver. Devant la catastrophe à laquelle nous assistons,
nous avons décidé de prendre nos responsabilités
en nous rassemblant pour sauver la Côte d’Ivoire.
L. P : De nombreuses personnes
s’interrogent sur la sincérité des engagements qui
ont été pris. L’alliance mise en place ne va-t-elle
pas s’éclater à l’approche des consultations
électorales ?
A.D.O : Nos adversaires souhaitent cela et je les comprends. Mais, qu’ils
ne s’y méprennent pas, notre engagement est fort. Je n’ai
aucun doute que cette alliance soit solide. Nous allons traverser toutes
les turbulences et toutes les tempêtes pour obtenir un changement
démocratique de régime. Le Président Bédié
et moi avons fait table rase du passé. Beaucoup de choses nous
unissent. En particulier, notre vision commune pour une Côte d’Ivoire
réunifiée, fraternelle et prospère.
L. P : La Présidence
ivoirienne a qualifié votre initiative d’« alliance
de dupes ».
ADO : Les Ivoiriens se rendront compte par eux-mêmes qu’il
ne s’agit pas d’une alliance de circonstance. En Côte
d’Ivoire, on se connaît : les spécialistes de la duperie
et du double langage et « les boulangers » sont connus de
tous. Dans tous les cas, la duperie n’est pas dans notre camp.
Les différents reniements constatés suite à la conclusion
des accords de Linas Marcoussis, d’Accra et de Pretoria montrent
clairement à tous de quel côté nous nous trouvons.
Cette sortie de la Présidence ne nous surprend guère.
L. P : Votre candidature est
désormais un acquis.
A.D.O : Je considère que la décision prise à Pretoria
est un premier pas. Mais, il faut aller plus loin : faire en sorte que
tous les leaders politiques et les chefs de partis politiques bénéficient
du même traitement, régler le problème de papiers
des électeurs, celui du fichier électoral, de la transparence
des élections et de la sécurité des électeurs.
Ce sont des questions majeures qui nous occuperont dans les semaines à
venir.
L. P : Pensez-vous que votre
machine électorale sera suffisamment prête pour affronter
ces échéances ?
A.D.O : Nous avons confiance. Nous allons pouvoir surmonter les écueils
et relever les défis qui nous attendent. C’est important
d’être prêt pour le 30 octobre. Le RDR y travaille d’arrache-pied.
Je pense que nous serons prêts.
L. P : Est-ce dans cette perspective
que le congrès des jeunes a été programmé
dans la précipitation ?
A.D.O : Non, le congrès n’a pas été organisé
de manière précipitée. Le mandat du président
joseph Odjé Tiacoré était venu à expiration.
Il était tout à fait normal qu’il y ait un congrès.
Nous avons considéré que c’était le bon moment.
Je suis heureux que ce congrès ait eu lieu et qu’il se soit
déroulé dans de bonnes conditions.
L. P : Vous avez un nouveau
président à la tête de vos jeunes. Comment le jugez-vous
?
A.D.O : C’est un jeune que je ne connaissais pas avant. Il a beaucoup
de qualités et je pense qu’il fera du bon travail.
L. P : Son passé d’ancien
militant de la FESCI ne lui sera-t-il pas préjudiciable dans son
engagement au RDR ?
A.D.O : La démocratie à l’intérieur de mon
parti est une réalité. Nous n’avons pas à imposer
un Président à notre jeunesse dont on connaît la maturité.
Les jeunes, souverainement ont choisi Karamoko Yayoro. Nous respectons
leur décision. Yayoro me paraît être un jeune de grande
qualité. Au contraire, sa grande expérience syndicale est
un atout à mes yeux. Je pense qu’il fera du bon travail.
J’attends de lui qu’il remobilise les jeunes de notre parti
et toute la jeunesse ivoirienne qui, dans sa grande majorité partage
nos idéaux de paix et de tolérance.
L. P : Quel avenir réservez-vous
alors à son prédécesseur Odjé Tiacoré
?
A.D.O : Odjé Tiacoré est un militant du RDR. Il fait partie
de la Direction du parti. Il a participé au congrès de l’Internationale
libérale à mes côtés à Sofia, en Bulgarie.
Il continuera de jouer le rôle qui lui reviendra au sein de la Direction.
L. P : Après les jeunes,
certains attendent la programmation du congrès des femmes.
A.D.O : Tout est question de délai. Si nous pouvions le tenir assez
rapidement, nous le ferions. Le congrès des femmes aura lieu. Sans
aucun doute. Mais, si les élections ont lieu en octobre, il nous
sera difficile de le tenir bien avant. La priorité aujourd’hui
ce sont les élections. Et j’ai besoin des femmes.
Je leur demande de se mobiliser pour que nous remportions les prochaines
élections.
L. P : Y aura-t-il une convention
pour choisir le candidat du RDR ?
A.D.O : Les textes du parti sont clairs. Une convention aura lieu pour
choisir le candidat.
L. P : Depuis Paris, quel
jugement portez-vous sur le fonctionnement de votre parti quand on sait
que ses principaux animateurs sont au gouvernement ?
A.D.O : C’est une excellente chose. J’ai toujours pensé
que ce gouvernement serait un gouvernement politique chargé d’appliquer
la feuille de route de Linas Marcoussis. Y participent ceux qui ont été
à mes côtés pour les négociations. Ils y apportent
une contribution considérable. Entre-temps, le parti est géré
au quotidien par un groupe de cadres, une permanence.
L. P : Une permanence qui
a été créée pour gérer le parti au
quotidien. Au début, il y a eu des grincements. Comment se passent
maintenant les choses?
A.D.O : C’est une gestion au quotidien, mais, la Direction du parti
demeure. En tout état de cause, la responsabilité de la
gestion du RDR dépend d’abord de la Secrétaire générale
et du Secrétaire général adjoint. La Permanence est
une équipe de cadres qui fait des rapports réguliers à
la Direction qui prend les décisions ou se réfère
au Président du parti.
L. P : Il y aurait beaucoup
de conflits d’intérêts au sein de la Direction de votre
parti.
A.D.O : C’est l’essence même de la politique. Ce n’est
pas seulement au RDR. Cela se voit partout. A mon avis, la compétition
est une excellente chose. Pourvu qu’elle se tienne dans les règles
de l’art et qu’elle ne se fasse pas au détriment de
l’intérêt général, c’est à
dire celui du RDR.
L. P : Pour les élections
à venir, envisagez-vous de mettre sur pied une structure particulière
pour gérer la campagne ?
A.D.O : Naturellement, il faudra, à un moment donné, une
direction de campagne. Dans les prochaines semaines, nous allons annoncer
la mise en place d’une direction de campagne.
L. P : Ce sera certainement
le même comité que celui constitué en 2000 ?
A.D.O : Je dois procéder d’abord à des consultations
et me concerter avec la Secrétaire générale et le
Secrétaire général adjoint.
L. P : Pour le moment, vos
militants attendent et se demandent à quand votre retour en Côte
d’Ivoire pour engager la campagne ?
A.D.O : Hier ! J’aurais dû être en Côte d’Ivoire
depuis longtemps. Maintenant, je souhaite y être le plus tôt
possible. La sécurité est une question essentielle. Mais,
également, l’utilité de la présence du président
en Côte d’Ivoire. Nous avons beaucoup de missions à
effectuer à l’extérieur. Nous allons d’abord
terminer ce travail et nous rentrerons ensuite pour la campagne.
L. P : Si les conditions sécuritaires
ne sont pas optimales, pouvons-nous envisager une campagne qui se déroulerait
sans M. Ouattara en Côte d’Ivoire ?
A.D.O : Je vous signale que la Côte d’Ivoire ne se limite
pas à Abidjan. Le Président du RDR peut être à
Abidjan, comme il peut être à Kong, à Soubré,
à Daloa, à Odienné, à Bouaké, etc.
Ce n’est pas un souci majeur à nos yeux. Le moment venu,
nous nous organiserons pour mener une campagne civilisée dans notre
pays. Nous allons chercher à convaincre les Ivoiriens de toutes
les régions sur la pertinence de notre projet de société
et ce que nous sommes en mesure d’apporter à notre pays.
L. P : Ce qui est certain,
votre résidence a été incendiée à Abidjan.
Beaucoup pensent que vous irez vous installer dans votre village, à
Kong.
A.D.O : C’est une décision que nous prendrons en temps opportun.
L. P : L’envisagez-vous
sérieusement ?
A.D.O : Rien n’est exclu.
L. P : Avez-vous eu des garanties
suffisantes pour votre sécurité ?
A.D.O : À Pretoria, nous avions évoqué cela avec
le Président Thabo Mbeki. Il s’est engagé à
prendre les dispositions pour les leaders politiques aussi bien le Président
Bédié, le ministre d’Etat Guillaume Soro que moi-même.
Le travail est en cours. Nous avons confiance au médiateur et à
l’ONUCI.
L. P : De commun accord avec
le Président Bédié, vous avez écrit au médiateur
pour l’interpeller sur « l’usage abusif de l’article
48 par le Président Gbagbo ». Il n’a toujours pas répondu.
Avez-vous toujours confiance en lui ?
A.D.O : Tout à fait. Nous avons entièrement confiance au
médiateur. Il a son rythme et nous respectons sa courtoisie. Nous
avons confiance que ces questions seront réglées. De toutes
les façons, l’article 48 est limité dans son utilisation.
Nous ne pourrons tolérer aucune autre initiative, aucun débordement
dans l’utilisation de cette disposition exceptionnelle.
L. P : L’accord de Pretoria
a mandaté le Premier ministre pour le démantèlement
des milices. Quel est votre commentaire sur les affrontements interethniques
qui déchirent la Côte d’Ivoire ?
A.D.O : Ces affrontements sont symptomatiques du rôle néfaste
des milices. Le Premier ministre a un travail difficile. Selon les informations
dont nous disposons, il a déjà bien cerné la question
et il entreprend de se donner les moyens d’accomplir la mission
qui lui a été confiée. Il faut lui laisser le temps,
même si nous sommes pressés. C’est une tâche
délicate, importante, qui est quasiment un préalable au
retour de la sécurité sur l’ensemble du territoire.
L. P : En voulant tenir coûte
que coûte dans le délai de 30 octobre, beaucoup croient que
vous allez tomber dans le même piège qu’a connu la
situation togolaise en tenant les élections alors que rien n’était
prêt.
A.D.O : Personne n’a dit qu’il voulait précipiter les
élections. Nous voulons accélérer la préparation
de ces consultations. Nous avons la chance d’avoir l’appui
et le soutien des Nations Unies. Nous devons continuer de travailler d’arrache-pied,
de le faire de manière crédible pour tenir le délai
du 30 octobre, car à partir de cette date, M. Laurent Gbagbo n’est
plus Président de la République de Côte d’Ivoire.
L. P : Vous pourriez convenir
d’un gentlemen agreement juste le temps de mettre tout le dispositif
en place ?
A.D.O : C’est à la classe politique d’entreprendre
de telles démarches. Nous constatons que le retard actuel est dû
à la mauvaise foi du camp présidentiel.
L. P : Quel dispositif mettrez-vous
en place pour que tous vos militants soient identifiés et enrôlés
?
A.D.O : C’est la question essentielle. Il faut régler les
problèmes des papiers et s’entendre sur le fichier électoral.
Voici un pays où nous avons des « citoyens sans papiers »
! C’est abominable et c’est inacceptable. Notre première
tâche est de nous assurer que tous les Ivoiriens, et pas seulement
nos militants, ont des papiers pour pouvoir s’inscrire sur les listes
électorales. Ensuite, ils pourront participer aux élections
présidentielles. Sans cette clarification, ces élections
ne contribueront pas à la réconciliation et au retour de
la paix.
Interview
réalisée à Paris par Charles Sanga
Le Patriote
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