Déclaration d'ADO après les accords de Prétoria / Tshwane II


Question: Etes-vous optimiste?
Alassane Ouattara : Je suis préoccupé mais optimiste. Il faut qu’on y arrive. Il faut mettre fin à la souffrance des Ivoiriens.

Question: Quelles raisons avez-vous d’être optimiste? Il y a déjà eu Pretoria I, Accra I, II et III.
A. O. : Pretoria I a réglé le problème de l’éligibilité. C’était un problème important. Une question qui devrait servir à bannir la discrimination par rapport à l’accès aux différents postes de responsabilité en Côte d’Ivoire. Maintenant, nous faisons un deuxième pas. Nous réglons les questions sécuritaires, les questions relatives au démantèlement des milices, au désarmement des combattants. Nous réglons également le problème des textes législatifs qui devraient être approuvés fin avril et qui ont deux mois de retard. Il est important de faire les élections le 30 octobre 2005. Pour que la Côte d’Ivoire retrouve la paix. Elections, cela voudrait dire qu’il y a eu réunification du territoire, que nous avons le désarmement et que les fusils seront dans les camps militaires.

Q. : Pensez-vous qu’on pourra faire tous ce que l’agenda prévoit?
A. O. : C’est une tâche difficile. Mais ceci étant, je rappelle qu’il y a eu des élections en Irak. La Côte d’Ivoire n’est pas l’Irak. Il y avait des violences et des crises quotidiennes, beaucoup plus graves. Les Ivoiriens doivent pouvoir s’organiser pour que les élections aient lieu en bonne date. Ceci me parait impératif. Autrement nous avons un vide constitutionnel. Pas seulement constitutionnel, mais nous avons un vide. Un point un trait.

Q. : Comment voyez-vous cette transition qui pourrait s’ouvrir?

A. O. : Nous n’envisageons pas cela. Nous pensons que les Médiateurs et le Conseil de Sécurité ont les moyens pour faire pression, pour imposer des sanctions afin de nous permettre de tenir les délais.

Q. : Un message à l’endroit du peuple ivoirien.
A.O. : Je répète ce que j’ai toujours dit. Nous savons que nos compatriotes dans leur très grande majorité souffrent de cette crise. Les souffrances sont énormes. Beaucoup ont dû quitter leurs domiciles, leurs champs, leurs lieux de travail. Ces derniers, on peut le dire, sont parmi ceux qui ont eu de la chance. Parce que beaucoup ont été tués et assassinés. Par conséquent, il temps d’arrêter tout cela. C’est de la folie. Le message que j’adresse d’abord aux leaders présents et à ceux qui sont en Côte d’Ivoire, c’est que tout le monde se retrouve pour aller vers la paix, pour que nous ayons des élections qui permettent aux Ivoiriens de choisir de manière légitime le prochain Président.

Q. : Cela fait trois ans que vous êtes en exil, les conditions sont-elles réunies pour que vous rentriez et quand le feriez-vous?
A.O. : La situation demeure très précaire. Les conditions ne sont pas totalement réunies, mais il faudra bien rentrer à un moment donné. D’ailleurs, l’ONUCI et le Médiateur ont reçu mandat de réunir les conditions de sécurité pour le Ministre d’Etat, Guillaume Soro, pour le Président Bédié et moi-même afin que nous puissions être à Abidjan et participer activement à la vie politique, et, par conséquent aux élections.

Q. : Sans délai?
Mais le plus tôt possible.

Q. : Pensez-vous que Thabo Mbeki a bien joué son rôle?

A.O. : Tout à fait. Le Médiateur est un médiateur. Il ne peut pas être à la place des acteurs. S’il y a eu des manquements, c’est la faute aux principaux acteurs. C’est pour cela que nous avons demandé les sanctions. Nous considérons qu’il est temps de mettre fin à la récréation. Les Ivoiriens ont besoin de paix. Mettons-nous au travail. Ce pays a une situation économique catastrophique avec des arriérés intérieurs de près de cinq cent milliards de franc CFA. Des arriérés extérieurs de près de mille cent milliards de franc CFA. Une dette extérieure de près de dix milliards de dollars. C’est un fardeau énorme. Il faudra une équipe forte, une équipe engagée, une équipe expérimentée pour nous sortir de la crise. Nous remercions le Président Thabor Mbeki qui a consacré beaucoup de temps à ce dossier. Nous devons l’aider à réussir.

Propos recueillis par Charles Sanga, Envoyé spécial
Le Patriote